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Mario Dumont: confiant mais pas triomphaliste

par Patrick White

QUEBEC - Fort d'une nouvelle popularité et d'une brochette de victoires aux dernières élections partielles, le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, refuse de se faire des illusions en vue du prochain scrutin général mais se dit tout de même prêt à devenir Premier ministre.

"Nous avons été surpris de l'ampleur de notre popularité", a avoué candidement Mario Dumont lors d'un entretien. "Ça nous montre qu'il y a une volonté de changement, une volonté qui dormait. Nous avons fait sauter le verrou", explique-t-il.

Âgé seulement de 32 ans mais doté d'un bagage politique respectable, Mario Dumont arrive de loin.

Son parti, l'ADQ, dont le programme penche vers la droite sur l'échiquier politique, a traversé un véritable désert depuis sa fondation en 1994 jusqu'au printemps dernier. Le chef des troupes a siégé en solitaire à l'Assemblée nationale pendant près de huit ans alors que son parti peinait à percer les 20% dans les sondages.
Mais Mario Dumont, qui propose en outre une réduction drastique de la fonction publique, un taux d'imposition uniforme de 20%, le libre choix des parents dans la sélection de l'école de leurs enfants, le remboursement plus rapide de la dette provinciale ainsi qu'une décentralisation des pouvoirs administratifs vers les régions, semble avoir réussi à séduire une partie de l'électorat québécois, avide de changements après huit ans de règne du Parti québécois.

"Nous voulons un gouvernement moins gros, moins bureaucratique et une fiscalité allégée", dit-il.

La victoire inattendue de l'un des candidats de l'ADQ, lors de partielles à la mi-avril, a propulsé le parti dans l'opinion publique, ouvrant la voie à trois autres victoires lors de quatre élections complémentaires tenues en juin dernier.


SCISSION DU PARTI LIBÉRAL

Alors que le Parti québécois et l'opposition libérale semblent encore médusés par leurs piètres performances lors des dernières partielles, l'ADQ jouit, pour sa part, du vent qui tourne en sa faveur.

Pressenti au début des années 1990 comme futur premier ministre tandis qu'il dirige l'aile jeunesse du Parti libéral à l'époque où Robert Bourassa est au pouvoir, Mario Dumont claque la porte lors d'un congrès à la suite d'un désaccord sur les orientations des libéraux concernant la question de la souveraineté du Québec.
Dumont aurait souhaité voir le parti se rapprocher des idées nationalistes, ce que refuse l'establishment libéral.

Il fonde, quelques années, plus tard son propre parti, convaincu qu'une "troisième voie" se situant entre le fédéralisme défendu par les libéraux et la souveraineté de la Belle province prônée par le Parti québécois finirait un jour par s'imposer.

Devant le succès soudain que son parti connaît depuis quelques mois, Mario Dumont tente de garder la tête froide.
Pour lui, la prise du pouvoir l'an prochain est désormais possible, bien que les sondages donnent toujours les libéraux gagnants.

"On ne peut évacuer aucune possibilité. Nous ne nous faisons pas d'illusions mais nous sommes prêts à toute éventualité", a-t-il dit. ''La décision appartient au peuple.''

Prêts à toute éventualité, peut-être, mais il demeure que les finances du parti sont maigres et que l'équipe parlementaire entourant Mario Dumont est pour l'instant minuscule, jeune et inexpérimentée.

"Il est clair que les gens attendent de nous que l'on fasse nos devoirs comme parti. Il faut compléter l'équipe, avoir une variété d'expériences et trouver des personnes de calibre. Nous devons aligner nos flûtes."

Mario Dumont a, par ailleurs, promis de s'atteler cet automne afin de mieux expliquer son propre programme, tout en le remodelant.
«Ce sera un beau défi que de développer le programme", estime Mario Dumont, qui a convoqué un congrès d'orientation de son parti au début octobre.
Selon le chef de l'Action démocratique, le Parti québécois et le Parti libéral du Québec ont semé l'inquiétude et la peur au sein de la population en dénaturant son programme politique.

"Ça montre le vide de leur pensée politique. Ce sont deux partis du statu quo", a-t-il dénoncé.

"Nos positions sont pragmatiques. Nous sommes fidèles au Québec et nationalistes. Nous ne baisserons pas les bras devant Ottawa", a annoncé Mario Dumont, bien que son programme reste vague quant à l'épineuse question constitutionnelle. ''Il n'est pas question de refaire un référendum sur la souveraineté. Nous n'avons pas peur de la souveraineté mais ce n'est pas d'actualité.''