Par Marlène Lebreux
Photos: Jocelyn Bernier et Pascal Ratthé
La lutte est bien vivante à Québec. Une fois par semaine, le centre Mgr Marcoux,
situé à Limoilou, se fait terre de combat. Il ouvre son ring aux lutteurs de la
CCW pour offrir un spectacle son et lumière intense.
«Il y a trois fédérations de lutte professionnelle à travers la province, l'une
se déroule à Québec (CCW) et les deux autres à Montréal (NCW et ICW). Il existe
aussi des ligues de lutteurs amateurs, comme la QCW à Québec», explique le
professeur et lutteur professionnel Kevin Martel, issu de la célèbre famille de
lutteurs. Il y a deux ans, ce dernier a fondé la CCW avec Robert Rancourt, mieux
connu sous le nom de Sunny War Cloud. La CCW compte près de 40 lutteurs âgés en
moyenne de 20 à 30 ans, mais M. Martel signale que l'un de leur lutteur est âgé
de 46 ans!
Sur le ring, Sonny et Kevin sont des rivaux. «Moi, j'incarne un personnage qui
est, si l'on peut dire, du mauvais côté. Je suis le prof de lutte de la CCW, le
meilleur! Celui qui est imbattable et qui se prend pour un autre. Celui sur
lequel la foule se fâche», affirme M. Martel avec un sourire en coin.
La foule réagit, encourage les bons et envoie promener les méchants. Lors des
gros show, l'assistance peut aller jusqu'à 500 personnes. «Il y en a pour tous
les goûts. Dans un spectacle, on retrouve trois styles de lutte. Le High fly qui
comprend les poids légers. Ces lutteurs utilisent très souvent leur agilité et
leur souplesse. Le Hard cor, celui-là est plus violent. Il s'agit d'un combat
dans lequel il n'y a aucun règlement, où tout est permis. Puis, il y a la lutte
technique dans laquelle les lutteurs utilisent les différentes prises de lutte».
Il faudrait remonter à très loin pour préciser quels ont été les pionniers de la
lutte au Québec. Néanmoins, ce sont les Guy Martel, Dino Bravo et la famille
Rougeau qui ont vraiment popularisé ce sport. À une période, la lutte a été très
forte, mais lorsque la WF, ancien nom de la WWE, a vu les talents d'ici, elle a
incité les lutteurs québécois à se tourner vers les ligues américaines.
Présentement, la lutte québécoise connaît de nouveau un véritable essor.
Condition physique impeccable, sens du spectacle et endurance face à la douleur
sont des qualités importantes pour évoluer dans le monde de la lutte. «Le but
d'un combat n'est jamais de blesser l'adversaire. Notre ligue est d'ailleurs la
moins violente. Cependant, on ne sait jamais comment on va tomber. Moi-même,
j'ai été souvent blessé; j'ai eu des commotions, des foulures, des coupures,
etc.», ajoute-il.
La lutte dans la peau
À considérer l'assistance durant les spectacles, la lutte plaît autant aux
hommes qu'aux femmes. Mais qu'advient-il lorsque c'est une femme qui se retrouve
sur le ring? Selon M. Martel, les stéréotypes selon lesquels les femmes qui font
de la lutte sont grosses et musclées sont choses du passé. «Avant tout, elles
doivent être belles. Il y a deux femmes lutteuses au Québec, l'une d'elles
s'entraîne à Québec».
Élyse-Audrey Guay a 18 ans et est étudiante en cinéma et communication. Elle
pratique la lutte depuis bientôt un an. Elle en a fait une véritable passion :
«j'ai toujours aimé la lutte. J'étais impressionnée par les prises qui étaient
exécutées». Elle évolue présentement avec les juniors, mais elle est en
préparation pour être une future vedette de la CCW. «Mon nom de lutteuse est
Cambodya. Comme je suis la seule fille, je dois prouver que je suis capable de
me battre avec des hommes. La première fois que je me suis battue, j'étais très
nerveuse à l'idée du combat non pas parce que mon adversaire était un homme,
mais parce que c'était devant un public», dit-elle.
«Je lui enseigne les différentes techniques. Elle est capable de lever des gars
qui pèsent de 160 à 180 livres!, explique M. Martel. Quand une femme s'entraîne
à lutter, il faut une longue préparation pour solidifier sa charpente. Elles ont
autant de courage que les gars, même celle-ci, je dois l'arrêter pour ne pas
qu'elle en fasse trop!».
L'image de la lutte est souvent attaquée par les préjugés. Selon M. Martel, la
croyance voulant que les lutteurs n'ont pas d'éducation ne tient plus. «Avant,
je peux dire que c'était le cas, les hommes avec de gros bras... Plus maintenant.
La lutte a évolué vers le spectacle. Ainsi, il faut du charisme pour accrocher
les gens à notre personnage, avoir une bonne diction, savoir apprendre les
textes et être capable de gérer le stress et la pression. Comme il s'agit d'un
show live, il faut répéter; il n'y a pas de place pour l'erreur! Tout est
planifié à partir d'un scénario... On est des acteurs cascadeurs!».