Retour au sommaire

Photos: Jocelyn Bernier
Par Daniel Moisan

Parcours impressionnant que celui du pugiliste québécois. Il a passé plusieurs années au plus haut niveau de son sport, il a affronté les plus grands. L'homme qui est resté d'une grande simplicité s'est confié à nous.

Monsieur Marcotte, parlez-nous de votre carrière. Comment cela a-t-il débuté ?

Ça a débuté vers l'âge de 15 ans. Un bon ami à moi avait commencé à boxer et c'est en allant le voir à l'entraînement que j'ai eu la piqûre pour ce sport. Je voulais apprendre à me battre pour être capable de me défendre à l'école. Ce petit jeu m'a joué un tour puisque les combats se sont enfilés et j'ai eu une carrière de 25 ans sur le ring.

Donc au départ, c'était pour apprendre à vous défendre dans la rue ?

Apprendre à me défendre oui, également la confiance en soi. La discipline auusi...si j'avais eu cette discipline à l'école !!! (rires)

Lorsqu'on décide de boxer, comment les parents réagissent-il ?

Mon père ne trouvait pas ça grave puisqu'il avait déjà boxé après la guerre (20 combats), il était un grand amateur de boxe, suivait les combats, etc... Ma mère...c'était différent. D'ailleurs, tout au long de ma carrière, elle n'a assisté qu'à un seul de mes combats. Elle venait pourtant à tous mes affrontements mais lorsque c'était à mon tour de monter sur le ring, elle quittait l'amphithéâtre et on allait la chercher quand c'était fini.

Qu'est-ce que ça prend pour être boxeur ?

Ça prend les même éléments que dans toute discipline où l'on veut devenir professionnel. Du sérieux, un régime de vie très rangé. On est discipliné, on doit se coucher tôt.

Devenir boxeur, est-ce une garantie qu'on va se casser le nez par exemple ?

À 17 ans, je me rappelle, j'avais demandé à mon père pour aller me faire enlever l'os du nez...pour avoir un nez de boxeur (rires)...j'ai gardé mon nez et je ne l'ai jamais fracturé !!!

Vous avez évolué principalement à quelle époque ?

Mes années de carrière de haut niveau ont été les années 70 et 80.

Est-ce qu'à l'époque, c'était aussi « bizzness » qu'aujourd'hui le monde de la boxe ?

C'était pareil sauf que moi, c'était mon père le gérant donc il s'occupait de tout, moi je boxais.

Vous avez boxé à l'extérieur du pays ?

J'ai boxé jusqu'en Australie contre un futur champion du monde. J'ai été classé 6e au monde. Aujourd'hui, je pense à un gars comme Éric Lucas qui est champion du monde et qui est un québécois. J'en suis très fier.

Mike Tyson, est-ce un plus pour la boxe ?

Non pas du tout. Parlez-moi d'un gars comme Sugar Ray Leonard, un champion qui a toujours marché droit, qui a toujours été à l'honneur de notre sport.

Vous avez effectué un retour aussi dans votre carrière ?

J'en ai fait 3 !!! Le dernier combat que j'ai fait, j'avais 47 ans et ça a duré 12 rounds !

J'imagine qu'à l'entraînement, c'est moins évident quand on effectue un retour ?

C'est très dur ! Quand je boxais, j'étais focussé sur le sport, point final. Mais lors de mon retour, entre temps, j'avais une famille, j'avais démarré une entreprise. C'est plus difficile. Et le succès n'est pas évident car quand tu boxes, faut que tu aies la tête à ça à 100%.

Parlez-moi de l'entraînement d'un boxeur. C'est très exigeant ?

C'est effectivement exigeant. Ici à mon gymnase, j'ai des membres qui ont 72 ans, entre 40 et 60 ans aussi. Certains sont là pour perdre du poids, d'autres pour se remettre en forme.

Ça fait 7 ans que j'ai ce gymnase d'entraînement qui est ouvert au public mais aussi j'ai de vrais boxeurs qui s'y entraînent. Je donne des cours de boxe et je coach les gens, je les conseille, je les met au défi.

Ça doit être un bon défoulement cet entraînement ?

C'est un très bon défoulement. Quelqu'un qui a passé une mauvaise journée ou qui en veut à quelqu'un, il frappe en pensant à lui ! (rires)

Quels sont les adversaires les plus prestigieux que vous avez affronté ainsi que les distinctions que vous avez accumulées ?

J'ai gagné le championnat du Commonwealth, j'ai été champion canadien pendant près de 5 ans, j'ai défendu ce titre à 5-6 reprises. J'ai eu des combats au Colisée de vant 10 000 spectateurs. Je me suis battu au centre Paul-Sauvé, au Forum contre Eddy Mello et au Stade Olympique devant 50 000 personnes. Mais le plus prestigieux de tous, c'est le combat contre Sugar Ray Leonard, le 11 février 1979 en Floride.

Quelle est l'état d'âme d'un boxeur au moment d'entrer sur le ring ?

Tout est dans la préparation. La course le matin, l'entraînement, le sérieux, la discipline...tout ça bâtit la confiance. On est très concentré.

Comment percevez-vous votre adversaire ?

Je le vois comme un barrage, quelqu'un qui veut m'empêcher d'aller plus loin dans ma carrière, d'avancer. Je ne dois pas le laisser faire.

Quel est le bon régime alimentaire pour un boxeur ?

Mélanges de légumes, éviter le gras. Manger de la viande rouge, du foie , du boudin (fer). Je prends aussi des suppléments alimentaires...je pense à mon ami Jean-Marc Brunet qui a son entreprise dans le domaine et qui m'a servi de partenaire d'entraînement pour mes plus grands combats. Éviter les aliments sucrés...même certains jus de fruits pour maintenir son poids.

Quelle est la fréquence d'entraînement ?

5 à 6 jours/semaine, la course le matin (10 km), l'entraînement en fin de journée.

Et le poids, c'est important ?

Je me suis battu à 157 lbs et parfois avec seulement 2 livres de plus, tu finis par sentir une différence dans de longs combats (plus de 5 rounds). Disons que la minute de repos est très courte.

Justement, entre les rounds, à quoi on pense au juste ?

Ça va tellement vite, c'est seulement des flashes. Souvent, on a le dessus de l'oeil coupé...si ce n'es pas les 2 yeux ! Il y a du sang, de la sueur, tu saignes du nez...tu n'as pas grand place pour respirer !!!

Vous retombez sur terre seulement le combat terminé ?

Exactement !

Ce fut un réel plaisir de vous parler M. Marcotte.

Merci !