Consultez nos anciens numeros Pour nous joindre Mot de l'editeur Accueil Retour au sommaire

Par William Oliver

Gilles Proulx est présent dans l'univers médiatique au Québec, et ce, depuis plus de 40 ans. Ses prises de position, ses sorties tapageuses, sa soif de justice et son allergie au laxisme sans oublier son humour légendaire font tantôt sourire, tantôt réfléchir, tantôt réagir.

Généralement, les gens le saluent, le félicitent et l'encouragent. Mais, depuis quelques semaines, Gilles Proulx a retenu l'attention de tous les médias à cause de ses propos tenus sur «les filles à bedaine», ces adolescentes qui traînent dans les rues à minuit le soir et qui deviennent des proies faciles pour des «bums». Il a aussi dit que, «dans bien des cas, ce sont les enfants qui, aujourd'hui, élèvent les parents...» Il avait mal choisi son moment: l'affaire Dompierre, un cas de viol, faisait en même temps la une de tous les journaux... Proulx a dû tenter d'expliquer l'inexplicable...

Des débuts plutôt difficiles
Gilles Proulx a vu le jour sur la rue Wilbrod, dans un quartier ouvrier de Montréal, à proximité du studio actuel du 98,5 FM, d'où, quotidiennement, il anime son émission, Le Journal du midi. À l'époque, les perspectives d'avenir pour les jeunes sans grande instruction de ce quartier étaient assez limitées... Si au début Proulx rêvait de devenir un joueur de hockey, il a découvert assez rapidement qu'il n'en avait pas le gabarit. Au fond, ce que le jeune Gilles voulait, c'était communiquer. Aujourd'hui, il admet, sans réserve, qu'il est venu à la radio parce que son frère aîné, Jacques, y faisait déjà carrière et qu'il s'est dit : «Si mon frère est capable, je le suis, aussi!»

C'est alors qu'il rencontra José Ledoux, un journaliste renommé qui faisait carrière à CKVL et qui possédait également un théâtre à Verdun. Sous l'oeil vigilant de ce dernier, Proulx a dû dire adieu aux mauvais coups et autres activités de gangs.

Au départ, il se montre donc déterminé. Il s'inscrit à des cours d'allocution à raison de deux fois par semaine et progresse rapidement. Ensuite, il entreprend des cours avec François Rozet, un grand comédien qui lui fait découvrir les auteurs classiques. Puis, le jeune homme obtient finalement la bénédiction de Ledoux qui l'invite à se rendre en province pour démontrer son talent. Mais l'expérience n'est pas concluante. Une fois là-bas, Proulx bafouille, s'enfarge et rentre finalement bredouille à la maison familiale. Néanmoins, un beau jour, la chance finit par lui sourire. Proulx reçoit une lettre en provenance d'une station de radio qui lui offre un emploi comme tourneur de disques. Il accepte le poste et sa carrière radiophonique est alors lancée! S'en suivra toute une remarquable série de participations et de
collaborations à de grandes radios de Montréal telles que CKLM et CJMS.

Bon baiser de France
Gilles Proulx s'est également fait connaître en France, terre d'accueil avec laquelle il a vécu une véritable histoire d'amour qui ne s'est jamais terminée. Mais, à l'époque, au moment de rentrer chez lui, Proulx sent la province de Duplessis bouillonnante... et découvre une génération survoltée qui souhaite écrire un nouveau chapitre sur l'histoire du Québec. C'est alors que Proulx fait la connaissance de Pierre Bourgault, un orateur hors du commun, qui l'aidera à se battre pour le Québec.

« Dans les années 60, le monde nous appartenait. De la création du ministère de l'Éducation, outil charnière dans le développement d'un peuple, jusqu'à l'Expo 67 qui ouvrait le Québec sur le monde, tout était possible! »

Mais que reste-t-il de cet engouement, de cette belle folie de l'histoire du Québec? Le pamphlétaire, qu'il est, jette quotidiennement un oeil critique sur l'évolution et l'avenir du Québec. Sans l'ombre d'un doute, Proulx aime son Québec et les Québécois, mais se dit tout de même inquiet et perplexe : est-ce que le Québec est plus riche que par le passé? Le français est-il mieux protégé? Est-ce que le taux de décrochage est moins élevé aujourd'hui qu'à l'époque de Duplessis où les enfants quittaient l'école pour travailler sur la terre de leurs parents?

À la défense de la culture québécoise
Après plus de 43 ans de carrière derrière le micro, Proulx y va aussi d'une critique sur le monde de la radio. « À l'époque des Roger Beaulu, Miville Couture, Jacques Morency, Pierre Chouinard, des passionnés géraient les stations de radio. Ils écoutaient ton émission, puis après, ils pouvaient t'en faire une critique. Ils pouvaient te faire des commentaires, te dire que tu avais fait une faute et que tel mot n'était pas français... Ils pouvaient même te corriger en te disant que telle ville est la métropole et non la capitale de tel pays. C'était vraiment motivant! »

Cette critique sur la piètre qualité de la langue française, il l'adresse également à la télévision. Il prend l'exemple de Radio-Canada : « Il faut que la Société Radio-Canada reprenne le rôle qu'elle avait au temps de la Révolution tranquille. La SRC doit être un diffuseur de culture et d'affaires publiques qui agit dans le respect de la langue française. Il faut qu'elle soit une référence de ce que nous sommes ou de ce que nous devrions être. Aujourd'hui, les médias sont guidés par les cotes d'écoute.»

L'Avocat ou le Diable?
Mais de son image de gueulard, Proulx en a assez. Il préfère de loin le style d'émission qu'il animait sur Canal Évasion et qui lui permettait de parler de voyages et d'autres cultures. Lorsque la proposition de TQS d'animer L'Avocat et le Diable lui est faite, l'animateur a hésité parce que sa passion des voyages et son désir de faire découvrir le monde aux spectateurs étaient plus forts que tout. Mais il se laissa tirer l'oreille et accepta le job avec l'intention de ne pas faire toute la saison. Il était décidé à poursuivre jusqu'à la période des Fêtes pour ensuite tirer sa révérence.

L'émission commence et Proulx remplit son mandat. Les grands patrons de TQS sont heureux, car le vilain garçon engagé pour son franc-parler et ses coups de gueule gruge dans l'auditoire de TVA. Douze émissions plus tard, l'affaire Dompierre faisant la une des journaux, l'animateur en profite pour se livrer à une sortie en règle contre « les petites filles à bedaine ».

Pourtant, lors du visionnement de l'émission, la direction de TQS avait trouvé la montée de lait de leur animateur très drôle; tout le monde se bidonnait. Le seul commentaire qui en est sorti à la fin du visionnement, c'est que Proulx risquait peut-être une poursuite de la part de la famille de la jeune victime. Ce à quoi il a répondu que c'était impossible puisque la jeune fille n'était pas connue et que l'on ne savait pas son nom.

La véritable réaction de TQS vint trois jours après, lorsque le Journal de Montréal fit état de l'affaire avec une première page à sensation comparant Gilles Proulx à Jeff Fillion et un article signé Patrick Lagacé. Selon Proulx, le journaliste a essayé de se faire un nom en piégeant un vétéran à partir des propos tenus à l'émission. L'animateur aurait aimé que Lagacé l'appelle directement pour qu'il puisse s'expliquer. Il lui aurait dit que ce genre d'émission n'a rien à voir avec des émissions comme celle de Guy A. Lepage ou encore celle que Lagacé anime lui-même à Télé-Québec, Les Francs-tireurs, où il y a du montage. Primo : L'Avocat et le Diable est, à la base, un concept d'émission risquée. Secundo : Proulx fait remarquer le manque d'expérience de son co-animateur. Il affirme que si Lagacé avait été avec un Cournoyer, un Mathias Rioux ou encore même un Lapierre, cela aurait été bien différent. « Un gars d'expérience aurait pu me dire : Attention! Gilles, tu es en train d'attaquer la p'tite! Parce que, sur le coup, je ne me suis pas aperçu dans mon envolée que j'attaquais la petite. » En fait, tout ce qu'il voulait faire, c'était de ressortir les défaillances qui existent dans certaines familles québécoises.

Bye-bye TQS et Canal Évasion et... Tout le monde en parle!
Proulx ne s'est pas fait tirer l'oreille pour faire l'émission de Guy A. Lepage, et ce, bien qu'il savait qu'il se trouverait comme au Colisée de Rome alors que les païens, après sa prestation, allaient lever ou baisser le pouce en signe d'approbation ou de désapprobation. « Guy A. Lepage a été correct. Il m'a laissé m'expliquer calmement. Il a souligné mon cheminement. Certains disent que je me suis bien sorti d'affaires alors que d'autres pensent que j'aurais dû me bagarrer. Enfin, c'est fait et je ne le regrette pas. » C'est au lendemain de l'enregistrement de Tout le monde en parle qu'il apprend, par le journal, qu'il a perdu son émission voyage au Canal Évasion. La direction motivait sa décision sur la base qu'il ne voulait pas de ce Proulx-là. Aucun téléphone, aucune discussion. C'est bien ce que déplore Gilles Proulx.

Le grand voyageur trouve cavalière la façon dont Évasion l'a tassé, mais il regrette surtout le fait qu'il avait commencé à travailler sur sa nouvelle saison. Il avait déjà investi presque 25 000 $ pour l'organisation d'un voyage afin de présenter un documentaire sur Napoléon.

Et, évidemment, la direction de TQS a aussi réagi à l'article de Lagacé. « J'avais déjà enregistré l'émission de Guy A. Lepage et j'avais entre les mains une mise en demeure de TQS qui ne me laissait pas d'autres alternatives : j'ai démissionné. »

Blessé, mais toujours confiant
Mais pourquoi ne pas se produire lui-même? Proulx n'a pas le temps et cela demande trop d'énergie : « Proposer dix projets pour en faire accepter un! Et puis, je n'intéresse pas les gens de la télé, dit-il. Il y a seulement TQS qui m'a engagé. TVA ou SRC ne m'ont jamais rien offert. Un jour, Jean-Pierre Ferland avait un projet de télévision à SRC et avait suggéré mon nom pour en faire partie. On lui a déconseillé en lui disant que j'étais un fou. Non, je ne suis pas le bienvenu à la télé. »

Proulx sort blessé de cette expérience. Il perd près de 200 000 $ de contrat, puis son émission de voyage. Mais, c'est un battant. Il est reconnaissant envers son patron du 98,5 qui lui a réitéré toute sa confiance.

Il continue pourtant d'avoir la foi en l'avenir et dans les gens... La plus belle qualité du peuple québécois, selon lui, c'est qu'il est capable de tout. Son plus gros défaut : « C'est un peuple chialeux, nombrilisme et misérabiliste. Il aime la misère et les gens qui souffrent. Par exemple, si demain je tombais malade ou encore si je sauvais une femme dans la rue, eh bien, je deviendrais un héros! »

Pour terminer, voici un coup d'oeil sur son impressionnante feuille de route :

À LA TÉLÉVISION :
Animateur Visages du monde . Canal évasion
Chef d'antenne Grand Journal . TQS - Lecteur de nouvelles
Animateur . reporter Recours . Radio-Québec
Reporter . Le temps de vivre . SRC
Rédacteur . Le Téléjournal . SRC . Rédacteur

À LA RADIO :
Animateur . CKAC . 100 % Voyage
Animateur . CKAC . Le Journal du Midi
Animateur . Dir.affaires publiques CJMS . Le Journal du Midi
Commentateur . WAVE (Miami, Floride)
Animateur . reporter . CKVL
Stagiaire . WINS (New York, NY)
Chef d'équipe CKVL . Le Journal Québec-Soir
Réalisateur . Multi-Média
Directeur de l'information . CKLM
Stagiaire . Radio-Luxembourg (Paris)

IL PUBLIA :
Nos premiers Ministres Canada-Québec, Éditions Trécarré
Gilles Proulx « Globetrotter », Éditions Trécarré
Les grands détours de notre histoire
L'indomptable Gilles Proulx autour du monde, Éditions Trancontinentales
La petite histoire de la Nouvelle-France, Éditions Proteau

F_florida_120X600


Travelocity.ca en francais