Par Marlène Lebreux
Photos Pascal Ratthé
Les peintures de Frédric Gary Comeau égayent présentement le Sacrilège,
situé sur la rue Saint-Jean à Québec. Au cours des prochains mois, elles
tapisseront à leur tour les murs de Chez Baptiste, à Montréal, et de l'Antiquarius,
à Sherbrooke. Cet artiste originaire de l'Acadie n'est donc pas uniquement
compositeur, interprète et poète, il est aussi peintre. Habile avec la plume
comme avec le pinceau, il fait de ses toiles un lieu intemporel où ses chaudes
courbes ocres, rouges et orangées défient la rigidité de la technique.
Mode M : Est-ce votre première exposition solo?
Frédric : Oui... Mais, il m'est aussi arrivé, lorsque j'avais à peu près
20 ans, de présenter quelques-unes de mes oeuvres dans ma région en Acadie. Par
contre, cela n'avait rien d'officiel.
Mode M : Les courbes sont dominantes dans vos oeuvres. Y a-t-il une raison
particulière?
Frédric : J'ai toujours été fasciné par les courbes. C'est une
belle forme! Elles représentent l'inconnu. Par exemple, si l'on prend un chemin
en ligne droite, on voit au loin ce qui nous attend. Dans le cas d'un chemin
comportant une courbe, l'issue demeure un mystère... Cela nous amène à nous
questionner sur ce qui pourrait venir après. En voyant mes toiles, certains de
mes amis m'ont fait remarquer que mes courbes ressemblaient à des virgules. Je
trouve cela très intéressant, car, effectivement, l'art visuel permet de prendre
une pause dans le temps...

Mode M : Vous dites que lorsque vous peignez vous ne tentez pas de comprendre
le présent, le passé et le futur. Pas plus que vous n'utilisez de techniques
précises. Vous vous laissez plutôt guider naturellement à travers l'oeuvre, un
peu à la manière de l'Automatisme des surréalistes. Malgré tout, avez-vous déjà
suivi des cours de peinture?
Frédric : J'ai déjà suivi des cours d'histoire de l'art à
l'université, mais aucun cours formel en peinture. J'ai commencé à m'intéresser
sérieusement à la peinture à l'Université de Moncton. Pour une personne qui
arrive d'une région, la ville ouvre sur le monde. On veut tout savoir! J'ai donc
côtoyé plusieurs artistes acadiens. Ainsi, on peut dire que je suis un
autodidacte qui a eu beaucoup de mentors. À l'époque, je faisais des formes
directement avec la peinture qui sortait du tube. Mes toiles étaient épaisses.
Maintenant, elles sont plus minces. Certains pensent même que c'est de
l'aquarelle. J'utilise depuis le début l'acrylique, c'est un médium génial! Je
n'ai encore jamais expérimenté l'huile, qui possède une luminosité particulière.
Peut-être un jour.
Mode M : Concernant vos influences artistiques, vous citez des noms tels que
Mark Rothko, Adolph Gottlied, Gerhard Richter et Paul-Émile Borduas, mais vous
parlez également de Jiu-jitsu, que vous avez pratiqué pendant longtemps.
Qu'est-ce que c'est exactement?
Frédric : Il s'agit d'un art martial japonais que les samouraïs
utilisaient quand ils perdaient leur épée. C'est l'ancêtre du judo, dont les
aspects les plus violents ont été enlevés pour en faire un sport. Le Jiu-jitsu
n'a pas seulement influencé mon approche dans les arts visuels, mais toute ma
vie en général. Il m'a permis de comprendre l'importance du moment, de ne pas
être éparpillé et de me concentrer sur une chose et seulement une chose à la
fois...
Mode M : Vous faites également dans la chanson - vous avez d'ailleurs deux
albums à votre actif (Another Broken Lullaby et Hungry Ghosts) - ainsi que dans
la poésie - un septième recueil de vos poésies sera lancé à l'automne au Canada
et au Mexique. Établissez-vous un fil conducteur entre ces activités artistiques
et la peinture?
Frédric : Oui. Dans les trois cas, le processus de création nous
plonge dans un état qui se ressemble. Mais, il y a aussi une grande différence.
Mis à part la peinture, tout ce que je fais présentement demeure du langage
narratif... Quand je compose, il y a toujours cette intention de raconter une
histoire. Par contre, mes peintures ne sont pas narratives. Elles le seraient si
je faisais des bandes dessinées, par exemple. J'ai toujours été plus attiré par
la peinture abstraite.
Mode M : En parallèle de l'exposition de vos toiles, vous vous apprêtez à
faire une prestation au Sacrilège le 25 mars prochain...
Frédric : Ce sera un spectacle transition entre mon précédent
album et le prochain, qui est présentement en pré-production. J'en profiterai
pour présenter des nouvelles compositions et des chansons que les gens
connaissent déjà. Il y aura en fait deux spectacles en un, car Tristan Malavoy
et moi serons sur scène et nous nous accompagnerons mutuellement sur les
chansons.
C'est donc un rendez-vous
Pour entendre et voir l'artiste Frédric Gary Comeau!