par Pierre Vézina

Le tournoi de tennis du Challenge Bell, événement international présenté à
Québec depuis 1993, a encore une fois connu beaucoup de succès. Par le passé,
plusieurs noms qui se sont plus tard retrouvés à l'avant-scène du circuit
mondial ont marqué la petite histoire de ce tournoi qui met principalement en
vedette des futures stars de la discipline. Anna Kournikova, Serena Williams,
Chanda Rubin, Amanda Coetzer, Nathalie Tauziat, Justine Henin sont venues faire
leurs classes au club Avantage. Sans oublier, bien sûr, Jennifer Capriati qui,
après quelques années sombres, a relancé sa carrière en gagnant la finale de
1999.
La réputation du Challenge Bell n'est plus à faire auprès des joueuses du
circuit professionnel mondial. On ne compte plus les titres de « tournoi de
l'année » accordés au tournoi de Québec par les joueuses elles-mêmes. Cette
année, la Française Mary Pierce (née à Montréal) s'est aussi laissée séduire par
la qualité du Challenge Bell. Cette fille-là a pourtant remporté, en 2000, le
prestigieux tournoi de Roland-Garros, à Paris. Elle n'a donc rien à voir avec la
relève. Sa présence confirme une fois de plus la qualité de l'événement.
Pourtant, notre télévision d'état, la plus-que-culturelle Société
Radio-Canada, n'a pas couvert les deux dernières journées du tournoi. Celles où
on couronne les championnes. Rien sur la première chaîne. Pas un mot de sport,
en fait. C'est la nouvelle orientation. Le sport n'a plus d'importance, les
week-ends. Si vous voulez avoir une chance de peut-être entendre les noms
des gagnantes des demi-finales et des finales, il vous faudra écouter RDI, le
Réseau de l'Information... et espérer qu'ils y pensent! Wow! Ça, c'est du
service, mes amis.
On nous dit que la SRC se veut de plus en plus culturelle. C'est sûr que ces
gens qui déterminent le mandat de NOTRE (n'oubliez surtout pas que c'est vous et
moi qui la finançons avec nos taxes) télévision d'état ne seront probablement
pas d'accord avec moi, mais il me semble que le sport dans son ensemble fait
partie de la culture d'un peuple. Assurer aux citoyens des divertissements de
masse fasse aussi partie du mandat de nos dirigeants. Et le divertissement
sportif est un moyen efficace d'entretenir l'unité canadienne si chère à ces
politiciens d'Ottawa.
Rappelez-vous seulement l'impact social et mobilisateur de Maurice Richard,
Guy Lafleur et du Canadien de Montréal, de la Série du Siècle de 1972, des
belles années des Expos, des Blue Jays, des Nordiques, des Alouettes, de Gilles
et Jacques Villeneuve, des grands exploits olympiques : Nancy Greene en 1968,
Gaétan Boucher et Sylvie Bernier en 1984, l'or du relais canadien 4 X 100 mètres
et de Donovan Bailey au 100 mètres à Atlanta en 1996, les victoires en hockey
masculin et féminin à Salt Lake City, etc.
Je suis désolé de vous réveiller, mais le sport c'est important pour une
société. Oui, le sport, c'est la santé physique, bien sûr, mais aussi mentale.
Le sport, c'est rassembleur. Combien de gens sont devenus soudainement des
amateurs assidus et renseignés lorsque des événements majeurs se pointaient dans
le paysage?
Tout ça pour dire qu'on a beau critiquer la façon de gérer l'industrie du
sport professionnel avec les salaires qui frisent l'indécence, il reste que le
sport demeure un divertissement au même titre que les spectacles musicaux ou
humoristiques, le théâtre, le cinéma, les festivals, les événements culturels,
historiques, scientifiques, etc. C'est pour ça que Radio-Canada, de par son rôle
de société d'état, a l'obligation de couvrir le Challenge Bell et tous
les autres événements sportifs qui sont dignes de ce titre.
Le drame de Québec
Le Challenge Bell n'est qu'une des victimes des coupures de Radio-Canada. Et
la SRC n'est qu'un média parmi tous ceux qui ont décidé que le sport faisait
désormais partie de la liste des maladies honteuses!
Parce qu'il ne faut pas oublier que TVA et une multitude de stations de radio
ont décidé, au cours des dernières années, de réduire considérablement, sinon
totalement, le temps d'antenne consacré au sport.
Et c'est encore plus vrai à Québec depuis le 25 mai 1995. Cette journée-là,
dans l'esprit des directeurs de stations de télé et de radio de Québec, le sport
a été rayé de la carte avec la vente et le départ des Nordiques pour le
Colorado. Pour ces gens-là qui administrent leurs boîtes avec des chiffres
plutôt qu'avec des trippes, le sport ne valait plus la peine d'être vécu,
à Québec.
Pourtant, exactement à la même époque, Québec était sur les rangs pour
obtenir l'organisation des Jeux olympiques de 2002. Le programme de football du
Rouge et Or de l'université Laval faisait ses premiers pas. Le Challenge Bell
préparait sa troisième édition.
Québec organisait déjà un concours hippique international très couru et tout
aussi relevé ainsi que des compétitions de la Coupe du Monde de vélo de montagne
et de ski acrobatique. Là aussi avec énormément de succès.
Dans les quelques années qui ont suivi, l'équipe de baseball des Capitales
est née. Les Remparts ont succédé aux Harfangs dans la Ligue de hockey junior
majeur du Québec. Le hockey Semi-Pro (maintenant Senior Majeur) remplit les
arénas. On a aussi organisé le tournoi de la Coupe Memorial, Skate Canada
(compétition internationale de patinage artistique).
Les amateurs de sports de la région de Québec sont nombreux. Très nombreux.
Ils ont développé d'autres intérêts qui ont fait oublié le hockey de la Ligue
nationale : le golf, le football universitaire et professionnel, la course
automobile. Avec des Jeux olympiques désormais présentés à tous les deux ans,
les athlètes de la région sont constamment sous les projecteurs. Sans oublier
toutes les équipes et athlètes amateurs qui se battent pour sortir un peu de
l'ombre, qu'ont longtemps jeté sur eux, les damnés Nordiques et qui ont drôlement
plus de mérite que bien des professionnels...
En passant, posez-vous la question : si le sport n'intéressait plus personne,
pourquoi les journaux continueraient-ils à remplir des dizaines de pages par
jour avec le sport?
Jusqu'à présent, personne n'a réussi à me convaincre que le sport était mort
à Québec. Personne ne me fera croire que le public ne s'intéresse plus qu'au
cinéma, à la télé-réalité, aux chiens écrasés et à la météo. Quand les histoires
sont bien racontées, elles trouvent des oreilles partout. Même les histoires de
sport.
SURTOUT les histoires de sport...
Sommaire
AVIS : le sport n'est pas une maladie honteuse
Football universitaire - La parité ? Connaît pas...
La volonté de gagner...