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Par Marlène Lebreux
Photos Jocelyn Bernier

L'endroit qui fut jadis une ancienne prison pour femmes, la Maison Gomin, est devenu durant 19 jours de septembre le lieu de tournage de Manners of Dying, le premier long métrage du réalisateur, Jeremy Peter Allen. Un film comportant un petit budget (1 M$), mais ne lésinant pas sur les moyens : une incursion troublante dans une histoire inspirée d'une nouvelle de l'auteur à succès Yann Martel et une distribution, avec en tête de liste, Roy Dupuis et Serge Houde.

« C'est un bonheur pour moi de réaliser un tel film, affirme Jeremy Peter Allen (voir l'entrevue du mois de mai 2002 dans Mode M ). Manners of Dying n'a pas pour défi de prendre position sur la question de la peine capitale. Il poursuit plutôt le but d'essayer de comprendre qu'est-ce que l'on fait des 12 dernières heures de sa vie ? Ainsi, il n'y a pas de débats d'avocats. C'est un examen du personnage face à la mort à laquelle il ne peut échapper. » L'intérêt n'est pas non plus de localiser l'histoire dans le temps et l'espace; d'ailleurs, l'histoire est nébuleuse à ce sujet, elle se passe quelque part en Amérique du Nord. Par contre, elle permet de saisir huit différentes attitudes face à la mort : la résignation, le mépris, la désillusion, la déception, la révélation...

Un lieu idéal de tournage

Le réalisateur se compte chanceux d'avoir eu un lieu carcéral à proximité. Le son naturel des barreaux et la solidité des murs sont des détails importants pour donner de la crédibilité. « C'est un cadeau pour un acteur d'avoir les vrais décors, d'être capable de taper sur les murs sans que cela tombe », confie Roy Dupuis, dans le rôle du condamné à mort Kevin Barlow.

« Le film repose essentiellement sur le jeu des comédiens. Il n'y a pas de gymnastique dans le temps durant le tournage, on travaille de façon chronologique. Ceci permet notamment aux comédiens de bâtir progressivement leur personnage. Cette façon de jouer est une opportunité rare pour les acteurs au cinéma », poursuit Jeremy.

Deux lieux principaux composent le film : les cellules et la salle de mise à mort. « Le film est cyclique... On revient constamment à cette dernière pièce, explique Jeremy en présentant la chambre d'exécution. Ici, il y a quelque chose de macabre. Les gens sont plus nerveux ici... On dirait que le décor les affecte. » L'endroit provoque des frissons dans le dos des membres de l'équipe de tournage, et ce, même si à l'origine cette pièce n'était pas destinée à rendre les derniers jours aux prisonnières. Ironiquement, la table de mise à mort utilisée pour Manners of Dying est une ancienne table d'obstétrique. « C'est, en quelque sorte, un jeu de contradiction, car ainsi après avoir donné naissance, la table devient un lit de mort! »

Tout a été tourné à l'intérieur de l'ancienne prison, à l'exception d'une scène; celle qui, durant les dernières minutes du film, nous amène dans la cuisine de l'Hôpital Robert-Giffard pour la préparation du dernier repas.

La marche vers la mort

Si Roy Dupuis a accepté de jouer le rôle de Kevin Barlow, « c'est pour la beauté et l'intensité du personnage, indique-t-il. C'est le genre de personnage que l'on n'arrive pas à oublier quand on rentre chez soi le soir, il est assez présent. Pour jouer toutes ces manières de vivre la mort, on ne peut pas s'appuyer sur la technique, il faut aller chercher à l'intérieur les émotions. J'ai eu la chance de rencontrer le dernier condamné à mort au Québec encore en vie : Chartrand. Il s'est avéré être un être très généreux, quelqu'un qui m'a transféré une certaine énergie. Puis, pour le film, Jeremy m'a également beaucoup nourri à travers ses recherches sur la mort. Il a la capacité d'être prêt de l'acteur. »

Jeremy précise que la première marche vers la mort présentée dans le film est, selon lui, la plus douloureuse : « C'est une approche de la mort très épeurante. On ne mise pas sur le jeu physique, mais bien sur les émotions... Le déchirement. »

Le montage de Manners of Dying se poursuivra jusqu'en décembre. Quant à la sortie du film, elle n'a pas encore été fixée, mais on parle peut-être de l'été 2004. Concernant la traduction française du film, on en étudiera la possibilité dans un deuxième temps. Si c'est le cas, elle sera de bonne qualité, assure-t-on.