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Les Expos doivent revenir à Montréal en 2004
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par Pierre Vézina

Photo Pascal Ratthé
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En termes policiers, on pourrait surnommer les Expos les «Sans-abris de Montréal
», ou les « Sans-domicile-connu de Montréal ». En termes familiaux, ça pourrait
être les « Mal-Aimés de Montréal » ou les « Orphelins de Montréal ». Avec un de
ces surnoms, on pourrait peut-être obtenir des subventions pour les garder dans
la Métropole !
Lorsque j'ai écrit la première version de ma chronique du mois de septembre, les
Expos étaient en train de nous faire rêver aux séries de fin de saison. Ils
venaient de balayer les Phillies de Philadelphie avec quatre victoires en autant
d'affrontements au stade Olympique et ils occupaient le premier rang dans la
course au «meilleur deuxième ».
Comme tous les amateurs de baseball du Québec, je me suis laissé embarqué dans
la vague. Remarquez que j'attendais cet événement depuis très longtemps et je
n'ai donc pas résisté. Mais même les plus insensibles, ceux qui avaient renié
leurs « Z'Amours », avaient senti en eux renaître une flamme.
Car, au moment où on parle de la disparition presque inévitable du Grand Prix de
Formule-1 et celle très probable du Molson Indy et de la Série Champ Car, on
sentait une lassitude évidente chez les amateurs de sport du Québec. On se
demandait ce qui était en train de se passer avec ce monde du sport qui nous
fait vibrer. Parce que c'est quand même pas le Canadien qui va nous tenir en
haleine à partir d'octobre... Bien sûr, il y a les Alouettes, mais il n'y a qu'un
match par semaine et bien qu'on se réjouisse de leurs succès sur le terrain et
dans les gradins, avouez que les moineaux n'empêchent personne de dormir. Et il
y a l'Impact qui n'a pas encore réussi à toucher au coeur la majorité des
Québécois. Surtout qu'ils ont encore été éliminés en première ronde des séries
par leurs éternels rivaux de Rochester.
Mais les choses avaient brusquement changé pour les Expos dans les derniers
jours du mois d'août. J'avais recommencé à organiser fébrilement mes soirées en
fonction des matches à la radio. Comme quand j'avais 14 ou 15 ans. Comme mon
père et mes frères, aussi, le faisaient. Je tendais l'oreille un peu plus à
toutes les 30 secondes quand j'entendais : «...Le tir... » Et j'attendais le
résultat en retenant mon souffle.

Photo Pascal Ratthé
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Les Expos ont créé une frénésie que les amateurs de sports n'avaient pas connue
depuis bien des années (avec une brève exception au printemps 2002 quand le
Canadien a gagné UNE ronde des séries). Ils ont, contre vents et marées, réussi
à amorcer le dernier droit du calendrier en plein cœur de la lutte pour une
place en séries de fin de saison.
Les vents et marées dont je parle déferlent sur le petit monde des Expos depuis
plusieurs années déjà. Et ils ont causé beaucoup de dégâts. Ils ont vidé le
stade Olympique en laissant croire même aux plus inconditionnels que c'était
platte d'aller voir les Expos. C'était «out ». Que le stade n'était pas un bon
stade de baseball. Ils ont aussi vidé l'équipe : les meilleurs joueurs ont tous
quitté, les uns après les autres, parce qu'il y avait plus d'argent à faire
ailleurs. Les petits budgets des Expos ne leur permettaient pas de les retenir.
Il y a aussi le fait que les anciens propriétaires ont fait des promesses qu'ils
n'ont jamais tenues, du genre «oui, on va tout faire pour garder l'équipe à
Montréal, oui on va construire un nouveau stade au centre-ville et oui on va
garder nos meilleurs joueurs... » Bref, bien des déceptions pour l'honnête
amateur.
Et tous ces éléments déchaînés ont fini par faire croire aux dirigeants du
baseball majeur que l'équipe devait partir pour des pâturages plus verts... et
plus payants.
À la fin du mois d'août, les Expos ont servi une leçon de baseball aux Phillies
de Philadelphie et les amateurs ont fait partie intégrante de ces succès. Ils
ont fait beaucoup de bruit. Ils ont ramené l'ambiance qu'on a déjà connue au
cours des années où les Expos se battaient régulièrement pour le sommet. Les
partisans des Expos se sont enfin sentis impliqués dans les victoires. Mieux
encore, leur enthousiasme a même entraîné les joueurs dans la vague. Les
«millionnaires » répètent que c'est la foule qui leur a permis de revenir dans
la course au «meilleur deuxième », à ce moment-là. C'est la foule qui a obligé
les joueurs à se battre, à jouer avec intensité, qu'ils le veuillent ou non.
Dommage que les Expos aient dû aller jouer sur la route par la suite. Ils y
présentent un tout autre visage et des performances nettement en deçà de ce
qu'ils ont offert au stade Olympique tout au long de la saison. Leurs
difficultés à enregistrer des victoires loin de la rue Pierre-de-Coubertin les a
complètement sortis de la course. En dix jours seulement.
Mille fois dommage. On avait senti que la mode était revenue ; c'était redevenu
«in» d'aller au stade Olympique. On pouvait même se vanter d'avoir assisté une
partie. Encore plus si les Expos avaient gagné. On ne pouvait plus se servir des
excuses trop souvent entendues pour refuser une invitation.
Les athlètes trop payés ? Oui, ils le sont. Par rapport à vous et moi. Mais
avouez qu'ils ne sont pas les seuls coupables de ce fait ; il y a des
propriétaires qui acceptent de leur verser ces montants. Ce sont les barèmes
propres à cette industrie. Et de toute façon, allez-vous vous empêcher d'aller
voir chanter Céline Dion uniquement parce qu'elle gagne des millions ? Si les
amateurs de course automobile respectaient cette logique, il n'y aurait personne
sur l'île Notre-Dame lors des deux week-ends de course, puisque les pilotes
gagnent eux aussi des millions de dollars pour tourner en rond.
Le prix des billets ? Allons donc. Vous pouvez passer une soirée agréable au
stade Olympique avec votre conjoint(e) et vos deux enfants pour une quarantaine
de dollars. C'est le prix d'un film en famille. À titre de comparaison, à ce
prix-là, vous pourriez vous payer un programme-souvenir, un hot-dog, une bière
et un espace de stationnement au Centre Bell pour une soirée. Mais pas de billet
pour le match du Canadien !
L'ambiance ? Les succès à domicile ont fait revivre la magie des belles années
alors que les foules de 40 000 personnes étaient fréquentes pour les matches des
Expos.
La direction de l'équipe mentionne souvent, avec raison, que les médias
montréalais pourraient accorder une meilleure couverture des succès de l'équipe.
Croyez-vous que les Expos auraient à s'en plaindre si Québécor en était le
propriétaire ? Et si on lançait «Expos Académie» ?
J'ai revu et adapté cette chronique au moment où les Expos se retrouvent à huit
matches du rang de meilleur deuxième. Résignons-nous, ils n'iront pas en séries.
Mais j'espère de tout coeur que les Expos nous feront quand même tripper d'ici la
fin du mois de septembre. Et préparez-vous : ils seront encore là l'an prochain.
Ô rumeur quand tu nous tiens !
S'il fallait, dans le monde du sport, que chaque rumeur soit une nouvelle qui se
confirme, les cahiers de sports des quotidiens et les bulletins radio et télé
tripleraient leurs pages ou leur temps d'antenne. Et les magazines sportifs
hebdomadaires seraient incapables de prétendre se tenir à jour dans l'actualité.
Prenez seulement trois sujets chauds de ce mois de septembre : Jacques
Villeneuve, l'avenir du Grand Prix du Canada et l'avenir des Expos. Le nombre de
rumeurs entendues ou lues dans ces dossiers qui ne cessent de chatouiller
l'attention des Québécois est phénoménal. Essayons de les énumérer.
Jacques Villeneuve : retour chez BAR parce que le patron David Richards
serait congédié, retour chez BAR mais sans salaire (uniquement des bonis à la
performance), retraite, changement d'équipe (Renault, McLaren, Williams), chez
Williams, dès le Grand Prix des États-Unis, remplacé par Takuma Sato dès le Grand
Prix du Japon, changement de championnat (série Champ Car, NASCAR, Le Mans
Series, FIA Tourism).
Grand Prix du Canada : abandon, présenté sans publicité sur le tabac avec
l'accord des équipes, présenté sans publicité sur le tabac avec compensation
financière aux équipes touchées, allègement à la loi pour l'an prochain ou
jusqu'en 2005, présenté à la place du Grand Prix de France qui a des difficultés
financières, présenté à la place du Grand Prix de San Marino dont les
installations ne répondent plus aux normes de la F-1.
Les Expos : joueront tous leurs matches locaux à Montréal en 2004,
joueront tous leurs matches locaux à Porto Rico, calendrier partagé entre
Montréal et Porto Rico (comme en 2003), calendrier partagé entre Montréal et
Monterrey (Mexique), calendrier partagé entre les trois villes, déménagement à
Portland, Washington, en Virginie, et plus récemment Las Vegas.
Bref, il y en a pour tous les goûts. Et c'est merveilleux ainsi. Comme
journaliste sportif, ces rumeurs me permettent d'entretenir de l'intérêt auprès
du public. On peut les interpréter, juger leur crédibilité, les placer en
contexte ou hors contexte selon nos croyances. Elles nous alimentent comme de
l'essence dans une voiture.
Et comme amateur, on peut également les interpréter à notre guise, on peut
croire celles qui font notre bonheur, on peut suivre leur développement comme un
roman-savon. Elles alimentent nombre de conversations de sous-sol et de coin de
table.
J'oserais dire que le monde du sport ne pourra jamais se passer de ces rumeurs.
Vraies ou fausses. Les discussions, les analyses et tout ce qu'elles provoquent
font partie du sport au même titre que les matches eux-mêmes.
Verra-t-on un jour un nouveau type de concours ? Le pool des rumeurs ! Si oui,
alors bonne chance au statisticien !
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