Par Marlène Lebreux
Photos Pascal Ratthé
Maquillage Caroline Godmer
« Pour être original, je pourrais vous confier que mon arrière-grand-père
s'appelait George Shocknosky (ou quelque chose dans le genre) et qu'il habitait
la Hongrie avant de s'établir ici dans les années 30 ou encore vous entretenir
sur mes origines russes... Mais non... Désolé! Je suis de souche québécoise. »
Inutile de comprendre le mystère Stefie Shock en tentant de retracer ses
origines. Cherchons ailleurs...
Son deuxième album, lancé le mois dernier, nous propose d'entrer dans Le
Décor. Son décor? « L'album est effectivement un peu autobiographique, mais
ça reste très imagé. Je me garde une petite distance par le choix des mots, les
rimes et les allitérations... Je prends aussi la peau de personnages. Je décris
la vie d'un citadin. La ville m'inspire beaucoup; il y a beaucoup de monde,
beaucoup d'activités, plein de situations... », explique-t-il.
Le lancement de ce second album a dû être retardé à deux reprises. « Après la
première tournée de spectacles, il y a eu une longue période de pause, sans
écriture de chansons. Je désirais me ressourcer... Je n'avais pas ça en tête....
L'écriture, c'est quelque chose de bien mystérieux. Des fois ça marche, mais en
d'autres temps ça ne sert à rien d'insister, l'inspiration ne vient pas.
L'inspiration, ça ne se commande pas! Puis, quand on me parlait de sortir le
disque au printemps, je préférais attendre encore un peu, car je ne voulais pas
tourner les coins ronds. » Donc, Le décor le voilà, à la fin de l'été;
travaillé jusqu'à la dernière minute, peaufiné jusque dans les moindres détails.
Satisfait, il l'est : « Chaque chanson a son entité individuelle. Sans être un
disque concept, l'album se tient en entier. Comme dans le cas d'un casse-tête,
il ne faut pas enlever de morceaux », assure-t-il.
Le multinstrumentiste perfectionniste
Lors du premier album, Presque Rien, Stefie était DJ; au second, le
voilà reconnu à titre de musicien professionnel. Mélomane dans l'âme depuis 30
ans, il amène une couleur nouvelle, un son inspiré de sources aussi diverses
qu'infinies : « Je ne veux pas plafonner, je veux sans cesse m'améliorer. Je
suis un grand consommateur de musique moderne des années 60 à nos jours. Quand
je crée mes mélodies, tout se mélange dans ma tête... les rythmes africains, le
rock britannique et les chansons françaises.... J'aime la musique qui a un beat!
»
Avec 9 et demi chansons sur onze évoquant l'amour, le sentiment amoureux est
un thème récurrent, mais jamais redondant. Il est tantôt tordu et tantôt plus
joyeux : « Je trouve que le titre Le décor convient pour parler de ce
paradoxe, ce double sens que peut prendre l'amour. Le décor c'est
généralement quelque chose qui se construit, que l'on conçoit et sur lequel on a
le contrôle... Mais, il peut aussi avoir un autre sens. C'est le cas quand on
dit se retrouver dans le décor! On fait alors référence à une perte de
contrôle... Ce jeu de mots m'amuse! Et il est, en quelque sorte, un fil conducteur
dans l'album. »
Un beau jour, il fut chanteur
Un jour de l'année 1989, il s'est levé et il a dit : « Je vais faire de la
musique!». Il donne un dernier spectacle avec un band avec lequel il sent qu'il
n'a pas vraiment d'avenir. Il met donc de côté son drum et l'automne
suivant, il entreprend la composition de ses propres textes : « Ce qui est
étrange, c'est que le jour où j'ai pris cette décision, j'ai rencontré dans la
rue une copine que je n'avais pas revu depuis le primaire. Elle m'a demandé ce
que je devenais et je lui ai répondu que je commençais à écrire des chansons.
Elle a trouvé ça pas mal original. J'ai même ajouté, un jour tu vas entendre
parler de moi! Et je ne l'ai pas revue depuis... »
Un petit tour en Europe à la fin novembre pour donner cinq shows à Paris et
entreprendre les négociations pour la distribution de l'album, voilà à quoi se
prépare Stefie Shock pour les prochains mois. Ce sera dès 2004 que l'on pourra à
notre tour apprécier ses solides et puissantes prestations. La scène, c'est
vital pour lui : « J'y suis à l'aise et je ne vois pas le temps passer. Je ne
pense à rien. Il est difficile d'atteindre un tel état de relaxation pour
décrocher des angoisses de la vie. Mais surtout la scène permet de sentir
l'énergie du monde qui est là, c'est un bon buzz!