Consultez nos anciens numeros Pour nous joindre Mot de l'editeur Retour au sommaire
Le meilleur est (encore) à venir pour le Canadien !

par Pierre Vézina

Le Canadien de Montréal a encore apporté des changements majeurs à sa direction hockey. Depuis sa dernière conquête de la coupe Stanley au printemps de 1993, le Canadien a été dirigé par quatre directeurs-gérants : Serge Savard, Réjean Houle, André Savard et le nouveau venu Bob Gainey. Ajoutez à ça cinq entraîneurs : Jacques Demers, Mario Tremblay, Alain Vigneault, Michel Therrien et Claude Julien. Et rien n'assure à Julien d'être toujours le boss à l'ouverture du prochain camp d'entraînement. Disons qu'on ne peut pas appeler cela de la stabilité !

Le plus amusant, c'est qu'à chaque changement, on nous affirmait qu'on avait alors en place le meilleur personnel de direction disponible et que le Canadien allait se qualifier pour les séries éliminatoires. Or, en dix saisons depuis la dernière parade sur la rue Sainte-Catherine, le Tricolore n'a participé aux séries que cinq fois. On est loin de la belle époque.

On a tellement pointé du doigt les transactions douteuses réalisées par Réjean Houle qu'on a l'impression qu'il est l'unique coupable des problèmes actuels du Canadien. Vrai, il a mal paru dans plusieurs opérations : les départs de Pierre Turgeon, Vincent Damphousse et surtout Patrick Roy. Mais même s'il n'est pas le seul responsable du déclin de l'empire du Canadien (tiens, ça sonne bien ce bout de phrase-là !), j'avoue que Houle ne présentait pas l'envergure nécessaire à un poste aussi prestigieux. Et son surnom, « Peanut », ne faisait pas très glamour.

André Savard a apporté de la crédibilité à l'organisation. Ses compétences à différents niveaux de la sphère de direction lui ont permis de mettre de l'ordre. On lui a attribué plusieurs bons coups. On avait un peu l'impression qu'il voyait chez certains joueurs, des qualités que personne d'autre ne voyait. Joé Juneau et Richard Zednik sont des exemples. D'autres acquisitions ont rapporté beaucoup à court terme, comme Doug Gilmour et Donald Audette. Mais ils ont sombré dans des léthargies inexplicables par la suite. Un peu comme les actions de Nortel ! Par contre, Savard a posé lui aussi des gestes qui n'ont carrément pas rapporté les dividendes attendus. Les plus beaux exemples : Marius Czerkawski et Randy McKay.

Je suis tombé en bas de ma chaise en regardant la conférence de presse annonçant l'arrivée de Bob Gainey, quand André Savard a fait allusion à la « saison extraordinaire que le Canadien a connue en 2001-2002, avec notre participation à la deuxième ronde des séries... » Il a bien dit EXTRAORDINAIRE. J'en suis sûr puisque j'ai réécouté l'enregistrement trois fois pour être bien certain que j'avais bien compris.

Et c'est bien là toute l'origine des problèmes que le Canadien a vécus l'hiver dernier. Le Canadien a fait vivre à ses partisans un scénario spectaculaire : le retour au jeu de Saku Koivu qui a vaincu une forme rare de cancer durant la majeure partie de la saison; la qualification pour les séries le soir du retour de Koivu à quelques matches de la fin de la saison; et le couronnement: la victoire face aux Bruins de Boston en première ronde.

Mais le Tricolore n'était en réalité qu'un club plutôt ordinaire... qui a réalisé de belles choses grâce aux prouesses d'un seul joueur : José Théodore. C'est lui, le coupable des problèmes de cette année! Il a fait croire à tout le monde, incluant ses patrons, que le Canadien avait un bon club. Alors pourquoi tant chercher à l'améliorer ?

Finalement, le plus grand problème d'André Savard, ce sont les médias. Les maudits médias! Ces gros méchants qui ont déjà fait fuir de Montréal des hommes de hockey compétents comme Jacques Lemaire et Pat Burns. Ces ogres assoiffés de scoops et de vérité qui ont chassé Mario Tremblay et Réjean Houle. Ces bêtes sauvages que Alain Vigneault et Michel Therrien avaient presque réussi à dompter.

André Savard était le bon gars, à la bonne place, mais pas un gars à offrir en pâture aux médias. Il avait toutes les compétences pour occuper le poste de directeur-gérant d'un club de la Ligue nationale de hockey. Il était sans doute très à l'aise, efficace et convaincant dans son bureau, lorsqu'il avait à vendre ses idées et ses projets à ses patrons et ses employés. Mais il subissait une torture chaque fois qu'il devait se présenter devant les journalistes. Il se sentait traqué, sur la défensive. Comme s'il subissait un interrogatoire. Je l'ai d'ailleurs très rarement vu sourire devant les caméras. Si, dans son esprit, les idées étaient bien claires, bien structurées, il perdait tous ses moyens devant micros et stylos. Il cherchait ses mots, bafouillait, reprenait ses phrases. Il ne pouvait justifier et expliquer ses décisions comme les médias l'auraient souhaité. Ça lui rongeait l'intérieur et il s'en cachait à peine. C'est ça qui a eu raison de cet homme compétent.

J'ai connu Savard alors qu'il jouait pour les Nordiques dans les années '80. Un joueur discret mais fort efficace, comme il l'est encore aujourd'hui. Il a aussi été le successeur de Michel Bergeron comme entraîneur des Nordiques. De très grosses bottines à chausser! L'expérience fut brève mais douloureuse. Trois mois à peine, incluant le camp d'entraînement. Sa peur des médias l'ont fait mal paraître à plus d'une reprise. Et après quelques semaines de sur-place avec sa formation, il a été remplacé. Dans l'esprit de tous, à cause de l'image terne et timide qu'il offrait au public, il était devenu difficilement défendable.

On croyait à ce moment-là que Savard quitterait pour toujours le monde du hockey professionnel. À son grand mérite, il est redescendu dans l'échelle, refait ses classes, et il est devenu en quelques années un personnage des plus respectés de la LNH. Et je lui souhaite sincèrement de poursuivre longtemps son travail dans l'ombre. C'est là qu'il sera le plus heureux.

Concluons en parlant de son successeur : l'arrivée de Bob Gainey ne solutionne pas tous les problèmes du Canadien sur la glace. En fait, il n'en règle aucun. Ni lui, ni Savard, ni Julien ne marqueront de buts au cours de la prochaine saison. Jamais une victoire n'a été remportée dans les bureaux des dirigeants. Gainey devra d'abord et avant tout dénicher un VRAI leader pour son équipe. Actuellement, il n'y en a pas. Le capitaine Saku Koivu est un bon joueur, très respecté. Tous admirent son courage face à l'épreuve qu'il a subie il y a deux ans; mais ses performances sur la patinoire ne sont pas assez convaincantes pour entraîner le reste de l'équipe dans son sillage. Gainey devra aller voir ailleurs et il aura besoin de l'aide précieuse de son nouvel adjoint, André Savard.

Faudra ensuite se débarrasser de quelques branches mortes et les remplacer par du bon bois vert, prêt à faire face à vents et marées. Et Dieu sait que le vent peut souffler très fort dans la métropole.

***

L'anecdote mérite d'être contée.

Le matin de son congédiement du poste d'entraîneur-chef des Nordiques en décembre 88, l'équipe rentrait de Buffalo où elle avait subi une autre défaite. Tout le monde savait que Savard perdrait son poste ce jour-là. C'était le branle-bas de combat au Colisée où on avait convoqué les médias « à une importante conférence de presse ». L'heure était régulièrement repoussée. Avec un collègue, j'arpentais les couloirs à la recherche d'un détail qui nous confirmerait la nouvelle et l'identité du nouveau coach des Nordiques.

Après être allé fouiner à l'entrée des bureaux de l'équipe, on reprend l'ascenseur pour retourner à la salle où devait se tenir la conférence de presse. Au lieu de monter comme on le voulait, l'ascenseur part vers le rez-de-chaussée. Je regarde mon collègue et lui dit bêtement : « Je te gage que c'est André Savard qui a appelé l'ascenseur. »

Ben, j'ai eu raison. Savard est apparu, le dos courbé, sombre. On savait qu'il allait chercher la confirmation de son congédiement. Il le savait aussi. On l'a salué poliment. Il a répondu poliment. C'est fou comme c'est long monter un seul étage en ascenseur! Je regardé mon collègue comme si on se retrouvait tout à coup à des funérailles. On a regardé nos magnétophones qu'on tenait sous nos bras. Et dans nos têtes, ça a dit : « Non, fais pas ça. » On n'a pas été difficile à convaincre. Je n'aurais jamais eu le coeur de lui poser une seule question en lui pointant mon micro sous le nez.

Je n'ai jamais osé raconter cette rencontre à mon patron de l'époque. Il n'aurait jamais pu comprendre que certaines fois, la course au scoop doit céder sa place au respect des gens.



Bruno Heppell
En attendant d'être "boucher" à temps plein,
il dépèce les défensives adverses !


Photo Pascal Ratthé
Un grand sage a déjà dit : « Peu importe la ligue, peu importe le calibre de jeu, un championnat, c'est un championnat. Et c'est très grisant. » Parlez-en au joueur des Alouettes de Montréal Bruno Heppell (c'est lui, le grand sage !) qui a passé un hiver très occupé. « Mais très plaisant, s'empresse-t-il d'ajouter. Ça faisait six ans qu'on attendait la coupe Grey à Montréal, et maintenant que c'est fait, on en a profité à plein. Le sentiment d'être champion, c'est magnifique. Et, on a eu beaucoup de plaisir à le partager avec les amateurs du Québec. »

Mais les choses sérieuses reviennent vite à l'horaire. Je croyais interrompre Bruno Heppell entre deux séances d'entraînement, lorsque je l'ai rejoint sur son cellulaire. Ce dernier a toujours été un adepte du conditionnement physique. « Je m'entraîne une ou deux fois par jour, même durant la saison morte, me confirme Bruno. J'ai toujours été très actif et c'est certain qu'après ma carrière de joueur de football, je vais continuer à m'entraîner. Quand on est en forme physiquement, on est également en forme mentalement et ça aide à mieux évoluer dans la vie de tous les jours. »

Et, dans sa vie de tous les jours, quand il ne joue pas au football, il est entrepreneur dans le domaine des viandes. Il s'affairait à comptabiliser les factures à envoyer aux clients lorsque je l'ai contacté. Eh oui ! presque tous les joueurs de football de la Ligue canadienne doivent travailler en plus de s'amuser à se rentrer dedans ! Il y a un monde entre les salaires versés aux joueurs de la Ligue nationale de football aux États-Unis et ceux accordés au Canada. « C'est évident qu'il y a plein de gens qui font plus d'argent que moi dans le sport professionnel, raconte Heppell. Mais si je passais mon temps à me comparer à eux, je serais malheureux toute ma vie. Moi, je préfère comparer mon salaire à celui du commun des mortels. Et je considère que je touche un très bon salaire. Je suis très chanceux. »

Si le rêve de la plupart des gens est d'avoir la chance de remporter le gros lot et de se payer du bon temps, Bruno Heppell, lui, n'est pas du genre à espérer la retraite le plus tôt possible. « Bien sûr, on n'a pas beaucoup le choix, mais quelque part, c'est normal de travailler ! J'aurais de la difficulté à m'imaginer à 35 ans et ne plus travailler pour le reste de mes jours ! »

Même si son grand-père était boucher, c'est par un pur hasard qu'il se retrouve dans le même domaine. « Il y a une couple d'années, j'ai rencontré René Despaties des Viandes AMS. On a vite développé une très bonne relation. Il m'a initié aux rouages de l'entreprise et je prendrai la relève lorsque nous arriverons à nos retraites respectives dans quelques années, lui de la viande, moi du football. »

« Et, j'ai l'avantage de pouvoir jouer au football pendant que je prépare une après-carrière, poursuit Heppell. La plupart des gens doivent choisir rapidement une carrière, très jeune, sans avoir vraiment beaucoup de temps pour s'y préparer. Moi, j'ai la chance d'avoir plusieurs années pour bien choisir ce que je veux faire après ma carrière d'athlète. Et, en attendant, je joue au football et je suis payé ! Quel bonheur ! »

Chez les Alouettes de Montréal, les joueurs occupent leurs entre-saisons dans des domaines très variés : il y a des entraîneurs personnels, un fermier, Éric Lapointe est conseiller financier, Mark Megna est mannequin, Ozooma Okeke est consultant en marketing, Paul Lambert est représentant des ventes pour une station de radio, Jock Climie (maintenant à la retraite) est avocat.

Ça faisait une bonne vingtaine de minutes que Bruno Heppell répondait avec enthousiasme à mes questions. Que je l'interrompais pour avoir des détails ou des précisions sur ceci ou cela. Qu'il réagissait avec intérêt à mes commentaires d'amateur de football averti. Jamais, je n'ai senti que je le dérangeais. D'ailleurs, c'est une particularité très appréciée chez les joueurs des Alouettes de Montréal qui pourraient servir d'exemples pour tous les sportifs professionnels.


Copyright Alouettes de Montréal

« C'est un principe qui a été instauré chez les Alouettes par Larry Smith, l'ancien président de l'équipe, précise Heppell. Il nous a fait prendre conscience qu'il était très important d'être près des gens et des jeunes de Montréal et du Québec. Ça veut dire s'arrêter pour saluer et serrer la main d'un partisan, ne jamais refuser de signer un autographe, de se faire prendre en photo. Notre approche vis-à-vis la communauté et nos fans est unique à travers la Ligue canadienne. Nous sommes des modèles pour des milliers de jeunes et même d'adultes et les sourires que l'on reçoit en retour, c'est un boni sur nos salaires. »

Et ça peut aussi faire oublier les petits et les gros bobos inévitables pour les mastodontes qui pratiquent ce sport aux contacts souvent douloureux. Quand j'ai demandé à Bruno Heppell s'il avait déjà comptabilisé les blessures qu'il a subies au cours de sa carrière, la liste était toute prête... dans sa tête. « On se fait souvent poser cette question quand on visite des jeunes dans les écoles. Allons-y : commotion cérébrale, sub-luxation de la clavicule droite qui a nécessité une opération, fracture du poignet gauche, dislocation d'un pouce, foulures aux doigts, foulure du poignet droit, blessure à un genou, problèmes de dos, fracture au pied droit, dislocation du gros orteil gauche et foulures aux deux chevilles. Pour l'instant, c'est pas trop difficile de se lever le matin. À mon âge, ça finit par guérir, mais peut-être qu'à 45-50 ans, je ressentirai davantage les effets de ces blessures. »

Bruno Heppell et sa bande (incluant les cheerleaders) seront en grande visite à Québec, au stade du PEPS de l'Université Laval, le 7 juin prochain pour y disputer un match pré-saison face aux Renegades d'Ottawa. Il souhaite pouvoir y rencontrer son idole, le gardien de but de l'Avalanche du Colorado, Patrick Roy, qui passe ses étés dans la Vieille Capitale. « J'admire le niveau de confiance qu'il démontre quand il est devant le filet. Plus l'enjeu est grand, meilleur il est. » D'ailleurs, les deux portent le même numéro d'uniforme (33). « Mais ça n'a rien à voir, se défend-t-il. Ce n'est qu'un hasard. Sauf que ce numéro m'a toujours porté chance. »

Avec juste un peu de chance, il y aura une rencontre entre deux grands numéros 33, très bientôt à Québec.

Mode M Magazine va organiser ça !


Photo Pascal Ratthé